Langages : sans mots communs, comment se lier ?

Échanger sans langue commune 

Partis pour un long périple à vélo, de France jusqu’en Asie du Sud-Est, on s’extrait bien souvent des villes et tumultueuses grandes routes pour avancer sans presse sur des petits sentiers paisibles que le reste du monde semble avoir oubliés. Dans les campagnes reculées où nous sommes si heureux de rouler, sans surprise très rares sont ceux qui comprennent et parlent quelques mots d’anglais.

Comment tisser des liens, quand on ne possède aucune langue en commun ? On rêve d’un idiome universel, une langue des signes simplifiée que même étranger au pays on saurait vite s’approprier, ou un esperanto que partout quelques-uns pourraient manier. 

Pour une brève interaction, dans un petit commerce ou au bord de la route, il est relativement facile de mimer, et un panneau accroché à l’un de nos vélos décrit toujours dans la langue du pays les grandes lignes de notre projet. Mais lorsque l’on nous invite pour un thé, un repas, un long moment partagé, parfois une nuit ou plusieurs journées, comment essayer de se lier ? Quels outils et quelles astuces enrichissent la manière dont on parvient à échanger ?

Ne souhaitant pas dépendre d’un écran pour communiquer, on a patiemment choisi et bricolé des supports personnalisé, adaptés à nos besoins, qui offrent une accroche plus inventive et chaleureuse aux formes de partage spontanées.

 

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Après six mois sur la route, nous avons revu et affiné le premier kit que nous avions concocté. Voilà une liste de 5 outils qui sont de formidables relais pour initier ou prolonger le dialogue  :

  • 1 panneau illustré
  • 1 ensemble de 12 fiches dessinées
  • 1 album photo de poche
  • 1 jeu de société
  • 1 lexique adapté

Et puis, sur le modèle du jeu, celles et ceux qui ont pris la route le savent bien : au delà des mots, rien de tel que le partage d’une activité pour se lier : cuisiner, jardiner, bricoler ensemble, gribouiller avec les enfants, donner un coup de main, jouer de la musique, suer ou créer ensemble marque durablement, essentielle graine pour faire naître parfois de belles amitiés.

Le panneau illustré

Accroché à l’arrière de nos vélos, il décrit brièvement notre projet dans la langue du pays et facilite les premiers contacts : il fournit une explication à ceux n’osent pas directement nous poser de questions (qui sont ces deux énergumènes aux montures bedonnantes qui débarquent ainsi dans notre village ?) et fait sourire les autres.

À terme, on aimerait bien mettre en place une affiche uniquement sous forme de BD, universelle et facile à saisir, même pour ceux qui ne lisent pas.

 

 

 

12 fiches dessinées.

Depuis les Balkans, nous utilisions une courte biographie dessinée, assortie de pages où l’on décrivait en images quelques notions essentielles de la vie cyclonomade (l’eau, la nourriture, le campement, l’alcool pour le réchaud…).

Changeant progressivement de matériel (réchaud) et de zones culturelles, nous avons remplacé le petit carnet qui s’abimait par des fiches plastifiées conçues par nos soins dans le même esprit. On y présente de manière simple et illustrée :

  • notre projet
  • quelques traits de nos vies  : nos familles, où l’on a habité, à quoi on aime s’occuper
  • nos besoins les plus communs  : où trouver de l’eau, demander l’autorisation pour camper, etc..

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Un album photo de poche 

Tout petit et très léger, il réuni 22 photos recto-verso dans une pochette toute fine : on y montre nos proches, le changement des saisons au Québec, quelques détails singuliers de nos vies avant le départ. Avec son format de 6/9 cm, il tient au creux de la paume, et on le trouve plus convivial et facile à faire circuler qu’une série d’images pas tout à fait triées sur un téléphone déchargé…

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Un « Jungle speed »

Le  jeu établit une communication d’un autre registre, vive, gestuelle et spontanée. Il offre ainsi une expérience singulière, fédérant des individus autour d’une activité commune, libre et sans fin productive. Quand on joue, on quitte pour un temps nos identités et nos rôles préétablis, on s’extrait de nos diverses réalités pour se livrer pleinement à l’instant, réunis le temps d’une partie.

Nous voulions emporter dans nos sacoches un jeu qui réponde aux critères suivants :

  • ni références culturelles, ni langue commune ne sont nécessaires
  • les règles sont faciles à saisir et peuvent être mimées
  • le jeu fonctionne à trois comme en grand comité
  • toutes les générations peuvent participer

Jeu aux règles très simples, basé sur des symboles, le Jungle Speed a remporté notre suffrage. Énergique, il repose sur l’observation et la rapidité des réflexes, suppose erreurs, chaos et légères collisions, créant une atmosphère propices aux rires et une complicité franche entre les adversaires.

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Un lexique adapté

S’appuyant sur sa bonne mémoire et un goût prononcé pour l’apprentissage des langues nouvelles, Audrey a mis en place un système simple pour rapidement se débrouiller dans la langue locale :

  • Identifier les mots utiles, en les classant par champs lexicaux (l’orientation, la famille, la nourriture, etc…)
  • Écrire ces listes dans la langue locale (sans leur traduction en français), sur une feuille placée au-dessus de la sacoche avant.
  • Lire et relire les mots, un champ lexical à la fois, pendant les longues heures de pédalage (sans se casser la margoulette pour un obstacle que l’on en voit pas)
  • Pratiquer la langue, même balbutiante, dès que l’occasion se présente.

Alors évidemment, cette stratégie qui fonctionne sur la répétition et le mimétisme donne une version brute et très maladroite de la langue, à peine des phrases… Mais deux ou trois mots à la fois, on peut véhiculer un grand nombre d’idées et très bien se faire comprendre par nos interlocteurs, qui seront la plupart du temps ravis que l’on connaisse du vocabulaire dans leur langue et s’appliqueront à nous écouter.

(Ce qui est plus délicat, c’est de faire saisir à certain.es que même si l’on a bien répondu à la première question, il est possible que l’on ne capte rien à la suivante, surtout quand enthousiasmé par notre maîtrise (précaire) d’un lexique de base notre hôte s’enflamme et disserte à toute vitesse sous nos yeux effarés).

Après avoir testé cette stratégie dans trois langues (« serbo-croate » dans les Balkans, turc,  russe dans le Caucase), nous avons finalement déterminer une liste de mots bien adaptés à notre quotidien de cyclonomades. Nous partageons ici le modèle en français, qui pourrait servir de base à d’autres voyageurs à vélo ! Sans les connaître forcément par coeur, disposer de ces listes permet amplement d’établir une communication élémentaire avec celles et ceux qui croisent notre route.


Mots de base

  • Bonjour / Au revoir
  • S’il vous plaît / Merci
  • Oui / Non / D’accord
  • Où / combien
  • petit / grand  – beaucoup / peu
  • bon/beau/bien (souvent le même mot)
  • Je ne comprends pas

Vie de cyclo 

  • vélo / voiture / camion
  • route / asphalte
  • chemin / boue
  • eau / nourriture
  • tente
  • chien
  • réparer / huile (le reste se mime 😉 )

repères temporels

  • hier / aujourd’hui / demain
  • matin / midi / soir / nuit
  • maintenant / avant / après
  • jour / semaine / mois/ année

repères spatiaux 

  • ici / là-bas
  • droite / gauche
  • près / loin
  • montée / descente / plat

Qualificatifs 

  • facile / difficile
  • rapide / lent
  • ouvert / fermé
  • fatigué / content
  • lourd / léger
  • Calme / bruyant
  • interdit / dangereux

Lieux (et bivouac)

  • montagne / plaine / forêt
  • rivière / lac / mer
  • maison / jardin
  • temple (ou église/mosquée)
  • Ville / village / campagne
  • Dormir / Manger / se laver

Climat

  • pluie / soleil
  • vent / neige
  • chaud / froid

Liens sociaux 

  • famille / parents
  • fille / garçon (ou marques du féminin et du masculin)
  • père / mère
  • frère/soeur
  • enfants
  • mari / femme
  • ami.e
  • voisin.e
  • ensemble

Nourriture (à développer et adapter selon pays et envie)

  • pain / riz / pâtes
  • légumes / fruits
  • oeufs
  • fromage
  • marché / supermarché / ferme
  • station service

Divers 

  • marcher / voyager
  • jeu
  • malade
  • problèmes
  • argent
  • toilettes

2 réflexions au sujet de « Langages : sans mots communs, comment se lier ? »

  1. Vous êtes géniaux ! J’adore aussi parler plein de langues et j’utilisais moi aussi le lexique sur le dessus de sacoche, mais il n’était pas aussi fourni! J’adore aussi vos panneaux, vous dessinez trop bien! Bravo!

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